La LNR envisage une action en justice contre R360 et critique World Rugby
Un nouvel épisode se joue dans l’affaire R360. Alors que cette ligue internationale privée peaufine son projet ambitieux, la LNR a décidé de réagir. Elle ne se contente plus d’alertes discrètes : elle envisage désormais des actions judiciaires. La Ligue française parle de « concurrence déloyale » et demande des explications, que ce soit de la part du projet ou de World Rugby. Les tensions augmentent et un conflit majeur semble se profiler dans le monde du rugby.
Points clés
- La LNR accuse R360 de profiter du rugby professionnel actuel : Le projet utiliserait les infrastructures existantes sans y contribuer.
- Deux lettres envoyées début octobre à World Rugby et à l’AOTG : La LNR exige des réponses claires et envisage une procédure judiciaire.
- R360 envisage une ligue mondiale privée et indépendante : Avec des franchises internationales, 300 joueurs stars, et 12 à 16 événements annuels.
- World Rugby reporte sa décision à juin 2026 : Les organisateurs ont demandé plus de temps pour finaliser leur proposition.
R360 : un projet qui secoue le rugby mondial
R360, c’est une ligue privée hors circuit traditionnel, avec l’ancien joueur anglais Mike Tindall en tête d’affiche. Les franchises n’ont pas de base géographique fixe, les salaires sont élevés et le calendrier est réduit. Le concept s’inspire de la Formule 1, avec des événements à travers le monde : Paris, Barcelone, Los Angeles, Munich, Hong Kong, Dubaï…
Le projet comprendrait 8 franchises masculines (puis 10) et 4 féminines, impliquant environ 300 joueurs et joueuses sélectionnés. Le format vise à séduire télévisions, sponsors et public international. Cependant, le système actuel hésite à accueillir ce nouveau modèle.
La LNR prend position officiellement
Jusqu’à récemment, les réactions étaient limitées à des inquiétudes discrètes. Mais début octobre, la LNR a pris une position ferme, en adressant deux lettres : l’une à World Rugby, l’autre à AOTG, l’entité derrière R360.
Les accusations sont claires. La Ligue reproche au projet de tirer profit sans contrepartie des efforts des clubs français, en termes de formation, de spectacle, d’image, sans respecter les contraintes ni les règles. Elle évoque une position « parasitante » et menace d’actions légales si le projet progresse sans clarté.
Questions en suspens
La LNR ne se contente pas de critiquer. Elle exige des précisions. Voici les questions posées directement aux créateurs de R360 :
- Quelle est l’origine des fonds du projet ?
- Quel sera le statut des contrats des joueurs : exclusif, partiel, CDI, sous quelle législation ?
- Quel sera le format exact de la compétition ?
- Quelles garanties juridiques pour les franchises ?
- L’AOTG sera-t-elle impliquée en tant qu’actionnaire ou organisateur ?
- Comment s’assurer du respect des règles financières et sportives ?
En résumé : de nombreuses questions, peu de réponses concrètes. Pour l’instant, les promoteurs du projet restent vagues et promettent beaucoup sans fournir de détails.
World Rugby face à un dilemme
La Ligue ne s’arrête pas là. Elle interpelle également World Rugby, qu’elle accuse de laisser ce type de projet avancer sans cadre précis. Pour la LNR, l’instance internationale doit clarifier sa position : soutenir R360 et accepter une nouvelle ère, ou établir des limites claires.
Le projet devait être présenté au Conseil de World Rugby en septembre 2025, mais Tindall et son équipe ont demandé un report. Prochaine échéance : juin 2026. D’ici là, la LNR souhaite que World Rugby publie ses critères d’approbation, notamment pour les compétitions organisées par des entités privées.
On pense inévitablement à la Super Ligue en football, qui avait secoué l’UEFA. Depuis que la CJUE a statué en 2023, les fédérations doivent établir des règles claires et non discriminatoires. La LNR espère que World Rugby suivra cette voie.
Un affrontement de modèles en arrière-plan
Derrière les enjeux juridiques et les postures, c’est une confrontation de visions qui se profile. D’un côté, un rugby traditionnel, basé sur des clubs, des territoires, la formation et la solidarité. De l’autre, une approche libérale, mondiale, détachée des frontières, orientée vers le business.
R360 n’est pas encore lancé, mais le simple fait qu’il soit pris au sérieux montre que le rugby traverse une phase de changement. Les clubs professionnels, eux, craignent de perdre leurs stars, attirées par des calendriers allégés, des salaires élevés et des formats plus attrayants.
Un possible tournant décisif
La question cruciale : quand (et si) World Rugby donnera son feu vert ? Tant que le projet est ni interdit ni validé, il reste en suspens. Et cette incertitude inquiète la LNR. Pendant ce temps, les acteurs du rugby mondial avancent prudemment, chacun avec ses propres intérêts.
Si en juin 2026, World Rugby laisse entrevoir une ouverture, même partielle, le paysage du rugby pourrait changer rapidement. Les clubs devront alors s’adapter… ou se battre pour leur survie.
Source : L’Equipe
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